FAQ 1

De quelques malentendus sur le bouddhisme

Q : Il semble que dans le bouddhisme il n’y ait pas de place pour la foi puisque que l’on y récuse la notion de Dieu créateur. Le bouddhisme est-il un rationalisme pur ?

Dans le bouddhisme on décrit souvent les activités du pratiquant dans l’ordre suivant : écoute (ou étude), réflexion et méditation.  Il existe bien au départ un élément de foi relevant de la confiance qui intervient lorsqu’il s’agit seulement d’écouter, puisque l’on n’écouterait pas ce qui n’est pas jugé digne d’intérêt. Progressivement, cette parcelle de confiance se mue en une confiance rationnelle, dans le sens où par l’étude et la réflexion l'on est convaincu par le caractère fondamentalement sain de la "juste philosophie de la vie" (en pali, sammâ-ditthi) que propose le bouddha. La foi bouddhiste s’entend dans ce sens de confiance rationnelle (âkâravitî-saddhâ) dans la validité des enseignements par opposition à une foi aveugle ou sans base (amîlikâ-saddhâ). Elle se transforme progressivement en connaissance. [ Source : Jayatilleke, "The Buddhist attitude to other religions", p. 19, Wheel Publication 216, Buddhist Publication Society, Kandy, Sri Lanka, ISBN 955-24-0074-0) ]

Lorsque cette foi est apparue et a pris suffisamment de force, il est possible de devenir disciple laïc (upasâka). On devient upasâka, littéralement "celui qui s'assoit auprès de (l'enseignant)", après avoir pris les Trois Refuges, utilisés en tant que points d'ancrage, de référence, témoignage de l'engagement dans la Voie bouddhique.

Cet engagement implique de :

  • placer sa confiance (foi raisonnée) dans les "Trois Joyaux" (ou "Refuges")
    • le Bouddha (celui-ci n'étant pas révéré en tant que personne historique, mais comme représentation de la connaissance transcendante suprême, idéal de perfection accessible à chacun par ses propres efforts), l'Enseignement,
    • le Dhamma (en tant que Vérité ultime, vision des choses telles qu'elles sont),
    • la Communauté des Nobles Disciples, Sangha (en tant qu'exemple de vie vertueuse), et les prendre comme guides
  • accepter les principes de base enseignés par le Bouddha et travailler à leur vérification par la pratique de la culture mentale (ou méditation)
  • avoir compris la nécessité de vivre selon les principes éthiques fondamentaux, sîla.

 [ Source : Michel Henri Dufour, article "La pratique d'un moine", article paru sur http://www.buddhaline.com/ ]

Voir aussi le très clair exposé du bikkhu Boddhi sur cette question.

Q : Peut-on dire que dans le bouddhisme, la notion de karma amène à une certaine passivité ou au fatalisme ?

R : « Tout résultat est issu de causes qui ont la capacité de le générer. Si on plante des pépins de pomme, c'est un pommier qui va pousser, pas des piments. Si on plante des graines de piment, on aura du piment pas des pommmes. De la même façon, si nous agissons de façon constructive, le bonheur s'ensuivra ; si nous agissons de façon destructive, on aura des problèmes. Quels que soient le bonheur et la fortune que nous éprouverons dans nos vies, ils proviennent de nos actes positifs, alors que nos problèmes résultent de nos propres actions destructives.

Selon le Bouddhisme, il n'y a personne en charge de l'univers qui distribue des récompenses et des punitions. C'est nous qui créons les causes par nos actes et qui éprouvons leurs résultats. Nous sommes responsables de notre propre expérience. Le Bouddha n'a pas créé le système des actes et de leurs effets, pas plus que Newton n'a inventé la gravité. Newton n'a fait que décrire ce qui existe. De même, le Bouddha a décrit ce qu'il avait vu avec son esprit omniscient comme un processus naturel de causes et d'effets qui se produit dans le courant des pensées de chaque individu. En ce faisant, il nous a montré la meilleure façon de travailler dans le cadre du fonctionnement des causes et des effets afin d'éprouver le bonheur et d'éviter la souffrance. » [ Source : Thubten Chodron, Tricycle: The Buddhist Review,Vol. VI, #3 – Traduction Michel Proulx ]

 

Q : La notion de compassion n’incite-t-elle pas elle à une certaine passivité ?

R : «  On croit parfois que développer un coeur ouvert, être vraiment bon et compatissant, ça veut dire être passif, permettre aux autres d'abuser de nous, de sourire et de laisser n'importe qui faire n'importe quoi avec nous. Pourtant, ce n'est pas ça la compassion. Bien au contraire. La compassion n'est en rien de la faiblesse. C'est la force qui surgit du fait de voir la vraie nature de la souffrance du monde. La compassion nous permet de témoigner de cette souffrance, que celle-ci soit en nous ou dans les autres, sans avoir peur.

Elle nous permet de montrer l'injustice sans hésitation et d'agir avec force, avec toute l'habileté dont nous disposons. Développer cet état d'esprit de la compassion... c'est apprendre à vivre, ainsi que l'exposait le Bouddha, avec sympathie pour tous les êtres sensibles, sans exception. » [ Source :  Sharon Salzberg, Lovingkindness, Traduction Michel Proulx ]

http://paramita.free.fr